Opéra-Comique : Le Cerisier, opéra comique en un acte, paroles de M. Jules Prével, musique de M. Duprato.
par Paul Foucher
dans L’Opinion nationale du 19 mai 1874
Le petit opéra-comique donné vendredi, salle Favart, le Cerisier, n’est autre chose qu’une réédition du conte de La Fontaine, la vieille légende connue sous le titre: la Servante justifée. Elle avant été mise en vaudeville et en ballet, à l’époque de la Restauration.
On sait qu’il s’agit d’un mari, vu au pied d’un cerisier, avec sa servante, en délit plus ou moins flagrant, selon qu’il s’agit d’un conte ou d’une pièce, et qui, pour dépister les yeux hostiles de la voisine, répète avec sa femme le même « manège » qu’avec sa servante ; ce qui prouve que quand on est coupable, il faut toujours être prêt à la réparation.
La femme légitime, que la vieille cancanière veut édifier sur les torts de son mari, reconnaissant dans le récit de la voisine toutes les circonstances de son propre incident, envoie promener la bavarde.
L’auteur du poème de l’opéra-comique, M. Prével, a voulu que la servante, pour plus de sûreté, fit rejouer aussi à son fiancé la scène qu’elle a eue avec le mari de sa maîtresse, et n’en devienne pas moins rosière. L’expédient confond de nouveau la vieille bavarde, qui, de guerre lasse, se rabattait, dans sa vengeance, sur le futur époux de la jeune fille compromise. Cette troisième édition du marivaudage rustique jette un peu de monotonie sur la pièce. Dans le vaudeville, la vieille, acharnée à sa proie pour faire manquer la rose à la jeune fille, exploitait la niaiserie du fiancé, et sûre que le mari déclinerait la solidarité du « baiser », instruisait le villageois à dire : « c’était moi » à toutes les questions qu’on lui faisait sur sa future : leçon que le manant répétait d’abord en maugréant, mais pour laquelle la patience lui échappait au moment décisif, lorsqu’il était interrogé par les autorités, – et la servante demeurait plus que jamais embrassée – et rosière. Ce dernier ressort jetait beaucoup de gaieté dans le dénouement.
Ce vaudeville avait eu aux Variétés un vif succès, auquel avait contribué la distribution. C’était Jenny Vertpré qui jouait la servante ; Bosquier Gavaudan, un gros homme tout rond, moitié chanteur, moitié acteur, qui était le mari ; Odry prêtait au fiancé sa bêtise homérique, et la vieille voisine était représentée par Mme Baroyer, actrice qui voulut presque mourir sur les planches, et qui, à peu près octogénaire, dit à un de mes amis, Alboize, qui lui avait retiré un rôle qu’elle ne pouvait presque plus que bégayer :
« Monsieur, vous perdez mon avenir. »
Précédemment, on avait, au Grand Opéra, dans un ballet de Gardel et Kreutzer, fait danser le double rendez-vous du mari. C’était un petit divertissement en un acte, vif et amusant.
Le Cerisier a réussi, et eût plu davantage, si M. Duprato s’était réveillé mieux du long sommeil où il semble s’être engourdi. C’est à peine si l’on a pu remarquer dans cette nouvelle partition de l’auteur des Trovatelles des couplets d’allure assez tranché, chantés par Barnolt (le fiancé villageois) et un duetto d’une assez bonne facture d’opéra-comique, dit lestement par Mlle Revilly (la voisine) et Mlle Reine (la femme).
M. Thierry (le mari) m’a paru parfois manquer autant de mesure dans le chant que dans la conduite. Le rôle de la servante était confié pour début à Mlle Chevalier, agréable personne qui joue finement et tire assez bon parti d’une voix médiocre. Il faut d’ailleurs attendre, pour la juger définitivement, quelque rôle important du répertoire.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Lucia Pasini (19 mai 1874). Théâtres. Les fours noirs. Consulté le 10 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/1273v